Bach – intégrale de la 1° suite pour Cello Bwv 1007 – transcription en La par D.Lacroix

L’article qui suit est la mise en ordre des textes et vidéos publiés sur ce blog en Mai et Juin 2012 pour les morceaux séparés de ma transcription de la Suite n°1 Bwv 1007 pour Violoncelle de Jean-Sébastien Bach. En bonus, la partition complète de la suite est ici, la vidéo de la suite intégrale en un clic est , et voici l’intégrale audio.

avant les vidéos, petite discussion sur le choix de la transcription

Le ton original de cette Suite est Sol; les versions que jouent habituellement les guitaristes sont des transcriptions en Ré, depuis Pujol, en passant par Duarte, Sadanowski et d’autres. Je n’ai jamais très bien compris ce choix de Ré, qui m’a toujours paru un peu “criard” en ce qu’il fait totalement oublier la rondeur de sonorité du cello. Je n’adhère pas plus au fait que ces divesrses transcriptions ajoutent des basses et des accords qui ne sont pas dans l’original, au risque d’alourdir le jeu et le phrasé, malgré le talent des interprètes de ces versions.
Quant à moi, d’une façon radicalement différente, j’ai choisi de rester le plus près possible du ton original de Sol, en montant seulement d’un ton -donc La-, sans ajouter de basses sur les temps ni “remplir” les accords de ce texte qui se suffit bien à lui-même, y compris dans ses “éllipses” justement. L’objet de ce choix est de trouver une équivalence à la sonorité profonde du violoncelle en restant dans le medium grave, et à son phrasé évidemment magnifié par le jeu à l’archet.
Cela m’a conduit à expérimenter dans un premier temps en jouant directement la partition originale sur une guitare “fretless” amplifiée, montée de 4 cordes seulement accordées en quintes Do-Sol-Ré-La comme le cello, pour m’imprégner des doigtés, des démanchés, des liés et coulés propres au violoncelle en réduisant autant que possible les attaques de main droite. Ensuite, en utilisant une guitare “normale” avec la 6° corde en Ré, j’ai adapté cette expérience un peu spéciale pour rédiger le texte transcrit un ton plus haut. C’est ce qui explique un jeu “mixte” faisant une très large place aux démanchés et aux legatos à main gauche -groupés souvent par 3 ou 4 notes- non pour des raisons “techniques”, mais bien pour rendre au mieux les phrasés et les articulations qui me semblent pertinents pour ce choix d’interprétation.


Ce qui me semble intéressant dans ce Prélude est le travail d’articulation qu’on peut faire en s’inspirant du jeu souple de l’archet; ainsi j’emploie beaucoup de legatos par 2 et aussi par 3, ainsi qu’un phrasé général qui veut mettre en lumière les différentes périodes. On notera que je traite le début de la deuxième partie comme un “passagio” assez libre, contrastant avec la première partie plus régulière quand elle se construit sur des arpèges. Mais à l’intérieur de celle-ci on a aussi de petites transitions tantôt “legato” tantôt “détaché”. La tonalité proche du violoncelle permet également d’orienter l’interprétation vers un côté plus sombre que la guitare ne le fait d’ordinaire.
Ecoutez cette version de Pierre Fournier au violoncelle; ça date un peu mais reste édifiant …
bwv 1007 Prelude -Pierre Fournier.mp3 … et la transcription en Ré de John Duarte jouée par John Williams jeune 01_JsbBwv1007duarteWilliamsPrelude.mp3


Cette Allemande me semble assez particulière. Certes, elle a la structure de bien des allemandes connues des suites instrumentales de Bach. Mais ici, elle reprend et développe le propos amorcé dans le “passagio” du Prélude, d’une façon très méditative, presque rêveuse. Les phrases sont rarement symétriques, une grande souplesse -au bord de l’instabilité- les anime, au point de faire penser à une improvisation. Les passages en détaché sont très peu présents, et j’emploie des combinaisons de legatos par 2, 3 et 4 pour dessiner les arabesques formant les phrases.
Ecoutez aussi la version (en Sol) de Pierre Fournier au violoncelle 02_bwv1007_Allemande _Pierre_Fournier.mp3 … ainsi que la version Duarte-Williams (en Ré) pour guitare 02_JsbBwv1007duarteWilliamsAllemande.mp3


La Courante renoue -après le Prélude et la méditative Allemande- avec le caractère dansé propre à l’esthétique de la Suite instrumentale: les élans y sont bien marqués, les figures mélodiques sont régulières, les cadences sont très assertives, même à la suite d’emprunts harmoniquement digressifs. La technique par groupements des notes “legato” me sert ici à délimiter les petites tournures.
Ecoutez la version (en Sol) de Pierre Fournier au violoncelle …
03_bwv1007_Courante_Pierre_Fournier.mp3
… et celle (en Ré) de Duarte-Williams
03_JsbBwv1007duarteWilliamsCourante.mp3

La Sarabande est à la fois lyrique et intimiste. Disons franchement que le lyrisme est plus probant au violoncelle, du fait du tempo combiné à des tenues de notes ou d’accords soutenues à l’archet … donc on aura plus ici le côté intimiste de la guitare. Cela nécessite de porter légèrement les sons dans des sonorités un peu “couvertes”, vers la rosace et la touche pour la main droite, alors que le jeu reste très lié à la main gauche.
Ecoutez aussi la version (en Sol) de Pierre Fournier au violoncelle 04_bwv1007_Sarabande_Pierre_Fournier.mp3 … ainsi que la version Duarte-Williams (en Ré) pour guitare 04_JsbBwv1007duarteWilliamsSarabande.mp3

Le Menuet 1 en Majeur (La dans ma transcription) utilise une ambiguïté entre les 3 temps de rigueur et une accentuation parfois vraiment binaire -le début est surprenant à cause de cela-, qui donne des appuis irréguliers à cette section très vivante. Le Menuet 2, en mineur, contraste par un phrasé plus ample, très lié, par groupes de 2 mesures -ce qui est habituel dans cette forme-, dans un caractère noble et nostalgique, avant de réexposer le menuet 1°. Du point de vue guitaristique, la technique de legatos à la main gauche permet de mettre en relief ces différentes articulations. A titre historique, on peut avancer qu’on a ici un exemple précurseur de la forme classique menuet-trio-menuet, qui utilisera également le contraste majeur-mineur et la différenciation de caractères dans les deux parties, chez Haydn notamment (né en 1738), peu de temps après la mort de Bach (mort en 1750).
Ecoutez la version (en Sol) de Pierre Fournier au violoncelle …
05_bwv1007_Menuets1&2_Pierre_Fournier.mp3
… et celle (en Ré) de Duarte-Williams
05_JsbBwv1007duarteWilliamsMenuet1-2.mp3

La Gigue conclut la Suite n°1 pour cello dans l’alternance de deux caractères: tantôt assez “rustique”, très marqué voire un peu lourd, tantôt “scorrevole”, assez aérien dans les legatos ascendants puis descendants. Ainsi, un peu de la même façon que l’Allemande développait certaines idées du Prélude en une forme plus longue, dans cette Gigue les caractères opposés des deux menuets sont à nouveau exploités, mais dans une forme plus brève.
Ecoutez aussi la version (en Sol) de Pierre Fournier au violoncelle 06_bwv1007_Gigue_Pierre_Fournier.mp3 … ainsi que la version Duarte-Williams (en Ré) pour guitare 06_JsbBwv1007duarteWilliamsGigue.mp3