“Kinderstück” (1924) d’Anton Webern


Cette “pièce enfantine” pour piano d’Anton Webern a été découverte après la mort du compositeur. Elle témoigne des balbutiements, en 1924, de la musique dodécaphonique, après la période dite de “libre atonalité” (1911-1924) . Ici la série de 12 sons (en-tête de cet article) est employée toujours dans le même ordre, sans inversion ni rétrogradation, ni même transposition. En revanche, dans les 6 expositions successives de cette série, les intervalles sont changés systématiquement de position, les rythmes sont continuellement modifiés, les notes sont parfois verticalisées en “agrégats” de 2 à 5 sons. Webern insiste sur les intervalles de 7° Majeure et 9° mineure ainsi que leurs redoublements, et parfois de 5° diminuée (sol#-ré) dans les accords. Ce traitement des intervalles, associé à l’utilisation nouvelle des silences et de l’articulation, produit un espace élargi et un style motivique inouïs jusqu’alors. La suite des notes y apparait en effet moins comme une succession mélodique que comme une corrélation de signaux dans l’espace créé, un peu comme les étoiles scintillant dans la nuit apparaissent à chaque fois dans une nouvelle configuration selon l’époque et le lieu d’où on les observe. Par son aspect volontairement simple, ce petit morceau est une clef d’accès à l’univers de Webern et initie avec clarté à la technique dodécaphonique. Ma transcription respecte les rapports d’intervalles de l’original, en utilisant au besoin les harmoniques, tant pour différencier la couleur timbrale de certains motifs que pour réaliser quelques grands sauts.
Ecoutez aussi l’original pour piano Webern-Kinderstück (YouTube)

Nota Bene: Le “Kinderstück pour piano d’Anton Webern” est édité et mis en vente par Universal Edition, Vienne. L’exemple musical en tête d’article montre seulement le matériau de base.
D.Lacroix