“pièce pour jeunes pianistes” – G. Aperghis 2004


Transcrite par votre serviteur un ton au-dessus de l’original, cette pièce a la forme lied (A-B-A). Le début et la fin sont non-mesurés et assez libres, le centre est mesuré et rythmé précisément. Aperghis, comme Webern et Kurtag, emploie le total chromatique. Par contre ici, chacun des 12 sons apparaît toujours à la même hauteur dans l’étagement fixé des registres (on parle alors de “gel”), créant un univers statique, un peu hypnotique, dans un ambitus moyen (La grave-Sol aigü, soit une octave + une septième). L’évolution à l’intérieur de ce lieu clos va alors se faire par la distribution des notes dans la durée. Pour le début et la fin (parties A), Aperghis emploie 10 des 12 notes (on parle alors de série défective), groupées à chaque fois dans un ordre différent, par petits motifs “ornementaux” tantôt mélodiques, tantôt arpègés, tantôt en créant l’illusion de plusieurs voix par l’opposition des registres. La partie centrale (B) est basée sur le débit constant de l’unité de double-croche; mais d’abord, les silences y prédominent, puis peu à peu toutes les unités sont occupées par les notes, ce procédé d’accumulation donnant l’impression d’une accélération du temps. On note aussi dans cette partie le rôle de recadrage tenu par le Si grave et le Ré b aigu, les 2 notes faisant défaut dans les parties A. Georges Aperghis produit ici une œuvre “toute simple”, tout en apportant une approche renouvelée et rigoureuse du concept dodécaphonique.

Nota Bene: La “Pièce pour jeunes pianistes” de Georges Aperghis est éditée et mise en vente par Universal Edition, Vienne. L’exemple musical en tête d’article montre seulement des matériaux de base.
D.Lacroix